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Islamophobie par Alain Gresh

17 mai 2010 admin 0

« Le seigneur ton Dieu te livrera ces nations et jettera sur elles une grande panique jusqu’à ce qu’elles soient exterminées. Il livrera leurs rois entre tes mains, tu feras disparaître leur nom de sous le ciel, aucun ne tiendra devant toi, jusqu’à ce que tu les aies exterminés. » Cet appel au génocide se dissimule-t-il dans le Coran ? Non, il est extrait de l’Ancien Testament (Deutéronome 7, 23 et 24). « Le chef de la femme, c’est l’homme (…). Si la femme ne porte pas le voile, qu’elle se fasse tondre. (…) L’homme, lui, ne doit pas se voiler la tête : il est l’image de la gloire de Dieu ; mais la femme est la gloire de l’homme. (…) Et l’homme n’a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. Voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête la marque de sa dépendance. » Cette injonction faite aux femmes de porter le voile et de se soumettre à l’homme se trouve-t-elle dans le Coran ? Non, elle a été énoncée par l’apôtre Paul dans sa première épître aux Corinthiens. Ces citations représenteraient-elles la « véridique » cause des croisades ou des mille et une guerres qui ont ensanglanté, au cours des siècles, le monde judéo-chrétien ? Fondent-elles la marginalisation des femmes dans ces mêmes sociétés ? Absurde… Mais alors pourquoi, depuis les attentats du 11 septembre, quelques intellectuels et experts cherchent-ils à nous persuader que le Coran recèle les sources des maux des pays d’islam : plongez-vous dans les sourates révélées à Mahomet il y a quelque quatorze siècles et vous comprendrez enfin cet univers mystérieux… Ibn Warraq et Guy Hennebelle l’assurent : « L’islam en tant que tel n’est pas une religion modérée : il suffit de lire le Coran, truffé de menaces et d’imprécations en tout genre pour s’en convaincre ! (…) Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi la totalité du milliard de musulmans croupit sous des régimes plus despotiques les uns que les autres ? Pourquoi l’islam ne parvient pas à s’arracher, malgré le pétrole et le reste, au sous-développement (1) ? » Nos auteurs se sont-ils jamais demandé pourquoi l’Afrique noire non musulmane ne s’arrachait pas au sous-développement ? Pourquoi la Birmanie et les Philippines – non musulmanes – ne s’en sortent pas vraiment mieux que l’Indonésie ou la Malaisie ? Durant des siècles, des empires musulmans – omeyyade, abbasside, ottoman, safavide, moghol – ont été parmi les plus brillants et les plus avancés de leur temps. La « vérité » de leur réussite se résume-t-elle au Coran ? Oublier l’Histoire Le concept « islam » doit aussi se manier avec prudence. « Quand on parle de l’islam, on élimine plus ou moins automatiquement l’espace et le temps », faisait remarquer l’intellectuel américano-palestinien Edward W. Said. Et il précisait : « Le terme islam définit une relativement petite proportion de ce qui se passe dans le monde musulman, qui couvre 1 milliard d’individus, et comprend des dizaines de pays, de sociétés, de traditions, de langues et, bien sûr, un nombre infini d’expériences distinctes. C’est tout simplement faux de tenter de réduire tout cela à quelque chose appelé “islam” (2)… » Oublier l’histoire et ses méandres, c’est le travers de Jacques Rollet, maître de conférences à l’université de Rouen et théologien catholique : « Depuis Mahomet, l’islam est conquête. Mahomet lui-même a été un combattant militaire, un conquérant ; Jésus n’a jamais combattu les armes à la main. La différence est donc fondamentale. Dès sa genèse, au VIIe siècle, et sur très peu de temps, deux ou trois siècles, l’islam connaît une expansion foudroyante. Ces succès militaires vont confirmer aux musulmans médiévaux que leur religion est dans la vérité. Le djihad va transporter pour longtemps – phénomène amplifié par les croisades – l’idée que l’islam ne peut pas être l’islam s’il ne réussit pas militairement. Rien ne doit donc s’opposer à l’expansion de l’islam. C’est le cœur même du Coran. Dans ce cadre, on comprend assez bien comment l’islamisme est possible (3). » Nous n’avions pas bien étudié nos livres d’histoire, nous qui pensions naïvement que les croisades avaient été lancées par la papauté, que le colonialisme avait été l’œuvre des « nations civilisées », que les deux guerres mondiales et le génocide des juifs s’étaient déroulés sur notre continent européen pétri de ce pacifisme « chrétien » si éloigné de la violence de l’islam… Et si les plus hautes instances de l’islam ont condamné les attentats du 11 septembre, si d’influents oulémas proches des milieux dits islamistes, comme le cheikh Youssouf Al-Qardawi, l’ont également dénoncé, c’est sans doute pour nous berner, pour dissimuler leurs sombres desseins… Jacques Rollet tance d’ailleurs ces islamologues qui « minimisent la distance radicale entre l’islam et la démocratie ». Pour lui, Samuel P. Huntington, avec son « choc des civilisations », « met le doigt sur une vision du monde différente entre le christianisme et l’islam. Il y a donc bien un choc frontal entre deux cultures, celle, sécularisée et démocratique, de l’Occident et celle, non démocratique et non sécularisée, du monde musulman. » Enrôlons-nous donc dans une nouvelle croisade… Alexandre Del Valle fait partie désormais, selon Le Figaro, de cette « ronde magique des experts » invités en boucle à la télévision depuis le 11 septembre. Pour lui, foin de la complexité, le monde s’analyse aisément : « Le principe de “refus du pouvoir infidèle” explique (…) la plupart des conflits qui opposent musulmans et “impies” au Cachemire, au Soudan, en Arménie, en Tchétchénie, et même au Kosovo et en Macédoine, où les populations musulmanes sont devenues majoritaires (4). » Certains oseront rétorquer que les Kosovars, comme les Azéris, sont largement « laïcisés », que leurs revendications sont nationales. Erreur, ils sont « biologiquement » musulmans, et cela suffit… Défenseur des guerres menées par M. Slobodan Milosevic contre les Musulmans, par la Russie contre les Tchétchènes et par le gouvernement israélien contre les Palestiniens, promoteur d’une thèse fumeuse sur l’alliance entre les Etats-Unis et […]

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Burqa-bla-bla

28 mars 2010 admin 0

Les Français sont vraisemblablement plus nombreux à connaître le nombre de minarets en Suisse (quatre) et de « burqas » en France (trois cent soixante-sept (1)) qu’à savoir que le Trésor public a perdu 20 milliards d’euros à la suite d’une décision « technique » de l’exécutif. Il y a dix-huit mois en effet, au lieu de subordonner son sauvetage des banques en perdition à une prise de participation dans leur capital, laquelle ensuite aurait pu être revendue avec un joli bénéfice, le gouvernement français a préféré leur consentir un prêt à des conditions inespérées… pour elles. Vingt milliards d’euros de gagnés pour leurs actionnaires, c’est presque autant que le déficit de la Sécurité sociale l’an dernier (22 milliards d’euros). Et quarante fois le montant de l’économie annuelle réalisée par l’Etat lorsqu’il ne remplace qu’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux. Le rétablissement électoral du Front national, et plus généralement de l’extrême droite en Europe, n’est pas tout à fait étranger à cette distribution de l’attention publique entre la poutre des polémiques subalternes qu’on enflamme et la paille des sujets prioritaires dont on prétend qu’ils sont trop compliqués pour le commun des mortels. Le fiasco des élections régionales derrière lui, M. Nicolas Sarkozy va s’attaquer à la « réforme des retraites ». L’enjeu social et financier étant considérable, on sait déjà que le gouvernement français s’emploiera à distraire la galerie en relançant le « débat sur la burqa ». Riposter à cette manœuvre n’impose certainement pas de s’enfoncer sur son terrain boueux en donnant le sentiment de défendre un symbole obscurantiste. Encore moins de taxer de racisme les féministes — hommes et femmes — qui légitimement le réprouvent. Mais comment ne pas juger cocasse qu’une droite qui a presque partout associé son destin à celui des Eglises, du patriarcat et de l’ordre moral se découvre soudain éperdue de laïcité, de féminisme, de libre-pensée ? Pour elle aussi, l’islam accomplit des miracles ! En 1988, M. George H. W. Bush succéda à Ronald Reagan après une campagne d’une démagogie insigne, au cours de laquelle il réclama que soit criminalisé le fait de brûler la bannière étoilée — un acte commis entre une et sept fois par an… Avec le courage qu’on imagine, plus de 90 % des parlementaires américains adoptèrent une disposition répressive allant en ce sens — laquelle fut annulée par la Cour suprême. Au même moment éclatait l’un des plus grands scandales de l’histoire économique des Etats-Unis, celui des caisses d’épargne déréglementées par le Congrès, que des aigrefins avaient pillées, enhardis par des sénateurs dont ils avaient financé les campagnes. En 1988, nul ou presque n’avait évoqué le péril d’une telle arnaque, bien qu’il fût déjà connu. Trop compliqué, et puis la défense du drapeau occupait les esprits. Le contribuable américain a payé 500 milliards de dollars le scandale des caisses d’épargne. On découvrira bientôt ce que cache réellement la « burqa ». Et combien cela coûte. Serge Halimi. D’après un calcul, étrangement précis, de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Source: *Le Monde diplomatique<http://www.monde-diplomatique.fr/2010/04/HALIMI/18990>